Le 24 mai 2026, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé à Ouest-France une mesure attendue depuis des décennies par les associations locales : à partir de la session 2028 du baccalauréat, il sera possible pour les lycéens de passer une épreuve de spécialité dans leur langue régionale. Le breton, le basque, le corse ou encore le créole entrent ainsi dans l’examen le plus symbolique du système éducatif français. Une première.

Les défenseurs des langues régionales saluent unanimement la nouvelle. Et pour cause : jusqu’ici, un élève qui étudiait une spécialité dans sa langue régionale depuis la première devait passer son épreuve finale en français. Le ministre a lui-même qualifié cette situation de « paradoxale ». Mais avant de saluer cette initiative, quelques questions s’imposent.

Quelles langues sont concernées ?

La liste établie par les services du ministère comprend : le breton, le basque, le catalan, le corse, le créole, l’occitan-langue d’oc, le tahitien, les langues mélanésiennes, le wallisien et le futunien.

La question alsacienne en suspens

L’Alsace, pourtant concernée par la pratique de la langue régionale, n’est pas visée par la mesure car aucune spécialité n’y est encore enseignée en alsacien. Selon les estimations locales, il faudrait entre cinq et huit ans pour construire la filière nécessaire. Selon France Bleu, 82% des alsaciens souhaitent transmettre leur langue régionale, mais seulement 3% des moins de 18 ans la parlent couramment. À titre de comparaison, la Bretagne, qui affiche un attachement culturel similaire, compte environ 4,5 % de locuteurs chez les moins de 25 ans.

Ce que la mesure change

Le principe est simple. Un élève ayant suivi une spécialité pendant deux ans dans une langue régionale pourra désormais passer l’épreuve dans ladite langue. Le sujet d’examen sera identique à celui en français. Une seule spécialité est concernée sur les deux en classe de terminale, l’autre devra rester en français. Le grand oral, étant lié aux deux spécialités, pourra aussi se dérouler partiellement en langue régionale pour la spécialité concernée. Les textes seront publiés à l’été 2026, pour une entrée en vigueur prévue dès la rentrée et les premiers bacheliers éligibles passeront leurs épreuves en 2028.

En pratique, qui est vraiment concerné ?

Cette mesure ne s’applique qu’aux élèves ayant suivi un enseignement immersif en langue régionale. Or, ces filières n’existent quasiment que dans des établissements privés associatifs sous contrat avec l’État. Les lycées publics ne dispensent pas leurs spécialités en langue régionale et ne seront pas concernés dans l’immédiat. La mesure est donc géographiquement limitée.

Une victoire symbolique qui exige des moyens concrets

Il s’agit de former des enseignants capables d’évaluer dans ces langues, de rédiger des sujets d’examen traduits, et de garantir une équité entre les lycéens de régions différentes : autant de défis majeurs à relever. Certains professeurs l’admettent, ils se réjouissent de l’annonce, mais craignent que les prochaines échéances politiques présidentielle, législatives ne rebattent les cartes avant l’application  du dispositif.

Ce que ça dit de nous

Reconnaître qu’un élève peut exceller dans une discipline en breton ou en basque, c’est admettre, officiellement, que la France n’est pas monolingue et qu’elle ne l’a jamais vraiment été. Ce n’est pas anodin dans un pays où la Constitution ne reconnaît toujours qu’une seule langue officielle. Si la mesure est réelle, sa portée immédiate est limitée. Mais le signal, lui, est fort. Reste à savoir si les textes suivront, si les moyens seront là, et si la prochaine majorité en voudra encore.

Actualité 4 juin 2026 : 200 personnes ont manifesté devant la sous-préfecture de Bayonne pour réclamer le droit à pouvoir passer toutes les épreuves du baccalauréat en basque.

Source : Franceinfo